Tribune de JM Beaupuy parue dans Matot Braine : Pour un siège unique au Parlement européen
Le 7 août dernier, en pleine période estivale, le faux plafond de l’hémicycle du Parlement européen de Strasbourg s’effondrait. Cet événement technique a entraîné des réactions politiques, relançant de plus belle la polémique du siège unique du Parlement européen. Si les Traités prévoient que le siège officiel du Parlement se situe à Strasbourg ; dans les faits les eurodéputés travaillent trois semaines par mois à Bruxelles pour préparer la session plénière à Strasbourg. Ainsi, les députés européens deviennent, le temps d’une semaine, des « nomades communautaires » migrant vers le Rhin. Ils entraînent dans leur sillage des caravanes de dossiers, rapports, matériels informatiques conduits par les fonctionnaires du Parlement.
Depuis plusieurs années, certains de mes collègues critiquent les conséquences de cette double localisation. « Cirque écologique » pour certains, « gouffre financier » pour d’autres ; une pétition lancée il y a deux ans a même recueilli plus d’un million de signatures pour mettre fin à ces pratiques.
Ces arguments ne sont pas infondés. Mais ceux qui posent la question du coût des déplacements mensuels de Bruxelles à Strasbourg ne regardent que l’arbre qui cache la forêt. Ainsi, le vrai problème à résoudre n’est pas seulement celui de l’emplacement de l’Assemblée européenne, mais avant tout celui du fonctionnement de l’ensemble des institutions communautaires, installées sur l’ensemble du territoire de l’Union européenne (Commission européenne à Bruxelles, Banque Centrale à Francfort, Cour de Justice des Communautés européennes à Luxembourg, etc.). Faut-il regrouper tous les services de toutes les organisations en un même lieu ? Et pourquoi pas, dans cette hypothèse imaginer une extra-territorialité ? Mais est-ce que cette formule est réellement économique à l’époque d’Internet ? Est-elle en phase avec le vaste mouvement planétaire qui s’oriente vers des mouvements de régionalisation de plus en plus affirmés ? N’est-ce pas la plus sûre manière d’enfermer le système européen dans une forteresse coupée des autres institutions et des peuples, et notamment le Parlement européen, seul organe européen élu au suffrage universel par les peuples ?
Les 27 Etats membres ont engagé une période de réflexion suite au refus irlandais de ratifier le Traité de Lisbonne et ce, dans le contexte d’une indispensable réforme institutionnelle de notre Union européenne originellement prévue pour fonctionner à 6 Etats membres. J’ai saisi l’opportunité de l’actuelle Présidence française de l’Union européenne pour alerter le Président de la République française sur cette question et demander une révision du fonctionnement de l’ensemble des institutions européennes.
Pour ce qui est du Parlement européen, je prône un siège unique et, pour des raisons historiques, juridiques et symboliques : Strasbourg ! Mais également, parce que le Parlement européen, institution représentative des citoyens, doit conserver sa totale indépendance vis à vis de la Commission et du Conseil. Il en va de l’équilibre démocratique de notre Union européenne. Enfin, eu égard aux fondements mêmes de la construction européenne, le choix de Strasbourg représente un symbole de paix et de réconciliation entre les peuples qui, d’Israël à la Palestine, du Liban à la Syrie revêt tout son sens et toute son actualité.